Partager l'article ! La topologie de Lacan. Une présentation du Sujet (suite): Première partie ici .../... A p ...
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A partir des séminaires XIX : Ou pire… (71-72) et XX : Encore (72-73), Lacan avance des structures topologiques qui doivent permettre de passer du un au deux, c’est-à-dire de la
jouissance à l’amour. Tout d’abord disposons l’outillage logique permettant de formuler la sexuation : a) la structure tétraèdrique avec son circuit, et sa relation manquante prenant en compte la
castration (“il n’y a pas de rapport sexuel”) ; b) les posdiorismes à la place des universelles et particulières classiques ; c) les quatre modalités aristotéliciennes ; d) enfin les fonctions
discordancielle et forclusive de la négation. Réalisons bien que sommes dans une logique qui s’avère être une écriture. La lettre comme inscription du sexuel ne concerne pas seulement cette
logique qui est proprement le “savoir de l’analyste”, mais aussi l’activité des écrivains et même “lalangue” de l’inconscient que nous possédons tous. C’est par un doublement de la tétradre,
inspiré par la formule binaire de la demande d’amour : “Je te demande de me refuser ce que je t’offre, parce que c’est pas ça”, que Lacan rencontre le nœud borroméen en ce sens qu’aux trois
cercles il associe les trois verbes de la phrase qui fait “nœud de signification”. Non sans difficulté, Lacan veut rompre avec la logique du quatre qui est aussi la logique du Un comme exception
ou comme unarité. Pour passer du Un ou Deux, et finalement retrouver une autre sorte de Un : l’Unien, il faut établir la logique ternaire du nœud borroméen. Cela n’engage pas le sujet de
la jouissance mais plutôt le sujet de l’amour, puisque ce qui est visé dans l’amour, précisément, c’est le sujet. Nous restons dans une logique de la lettre ; ou plutôt il s’agit bien encore de
la lettre, mais non plus sous forme de logique. Ce n’est plus la lettre dans son usage mathématique, la lettre du mathème ; plutôt celle du poème, poème amoureux s’entend. La topologie et
l’amour “cessent de ne pas s’écrire”, selon l’expression de Lacan, ce qui veut dire qu’elles s’écrivent quand même, car elles tendent à faire passer la négation au “ne cesse pas de s’écrire” :
“tel est le substitut qui (...) fait la destinée et aussi le drame de l’amour" (Lacan, Encore, p. 177). Le nœud de l’amour expose à une lumière nouvelle la figure du sujet, lui-même
confronté à une nouvelle conformation du savoir : un savoir comme interne à sa propre mise-à-plat, dont il faut accepter d'être la dupe pour en déchiffrer les virtualités.
Déchiffrer, c’est-à-dire subjectiver. Quant aux virtualités ce sont toutes les occurrences du retour du refoulé dans le réel, en quoi le sujet se décline sous l’espèce du symptôme. Bref, la
topologie du nœud borroméen nous entraîne vers un réel du sujet affecté par l’amour. Le nouveau régime de l’Un, notamment, y est remarquable : au Un de la succession ou de l’exception, succède le
Un de l’union et de la consistance. Ainsi le Réel du sujet, qui tient de l’Un, mais aussi du Trois, remplace-t-il avantageusement la “réalité psychique” postulée par Freud… Au fond le nœud
borroméen n’est que le développement d’une bande mœbienne triple torsion et l’on sait que cette bande symbolisait initialement le sujet.
Seulement pour qu’il y ait du nœud, il faut qu’il y ait eu nouage. Or ceci ne peut se faire que depuis un quatrième rond que Lacan propose d’appeler Sinthome (plutôt que symptôme) et qui
est celui de la “suppléance”, de la “nomination”, ou encore de la “lalangue”. Disons que le quatrième, c’est ce qui fait nœud lorsque les trois autres sont déliés. Rapiéçage, suppléance peut-être
inévitables si bien qu’on peut hésiter à situer la division du sujet : entre les trois ronds du borroméen, ou entre ces trois et le quatrième ? Le sinthome est-il exceptionnel, dans tous
les sens du terme, ou bien est-ce ce que l’on peut attendre de la sublimation comme telle ? S’identifier au sinthome pourrait être une métaphore autorisant un savoir-faire (comme en écho
à la formule de Lacan: “savoir y faire avec son symptôme”) au-delà du savoir contenu dans l’une-bévue (dans lalangue). Finalement nous nous retrouvons avec une dualité entre le poétique (du côté
de l’analysant et de sa lalangue) et le topologique (du côté de l’analyste). C’est pourquoi le mot “topoésie” est bien fait pour conjoindre les deux termes. Le rôle du psychanalyste
n'est-il pas, de ce point de vue, de participer à l’avènement d’une subjectivité poétique ?
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